Le débat politique ouvert par la canicule de juin 2026 a montré la sensibilité du problème du dérèglement climatique, dont on sait qu’il va s’aggraver longtemps. Il a aussi illustré la difficulté pour les politiques à poser un diagnostic et des propositions transpartisanes fondées sur la science.

La France n’est plus un pays tempéré

La canicule a appris une chose aux Français et au monde entier : la France ne jouit plus, comme nous l’avions appris à l’école, d’un climat tempéré. C’est une triste nouvelle, pas une surprise.

Les scientifiques nous disent depuis un demi-siècle que le carbone est dangereux car il dérègle le climat. On parle souvent de « réchauffement » climatique parce qu’en moyenne la température de l’atmosphère est à la hausse, comme celle des océans. Les scientifiques préfèrent parler de dérèglement climatique pour décrire que les manifestations du climat (températures, précipitations, vents…) sont plus variables et plus incertaines : les moyennes augmentent et les dispersions autour des moyennes aussi.

Cette canicule le vérifie, si on croise les données de Météo France et une étude du World Weather Attribution comparant les canicules en France de 1976 et de 2026. Le dérèglement climatique explique des maximales de la canicule de 2026 3,5°C au-dessus de ce qu’elles auraient été avec le climat de 1976. Alors que la hausse des maximales quotidiennes sur l’année n’a été « que » de +1,2°C en 50 ans. La hausse des canicules est le triple de celle des moyennes. Il y a donc toujours eu des canicules mais elles sont de plus en plus fortes et fréquentes. Cela s’aggravera jusqu’à un Zéro Emission Nette mondial (le ZEN, aucun carbone net envoyé dans l’atmosphère) qui arrivera … quand nous aurons fait individuellement et collectivement ce qu’il faut pour ça.

Et maintenant ?

Les scientifiques décrivent l’excès de carbone comme est un danger universel croissant, qui détruit le droit de chacun à un espace de vie et à un espace de travail tempéré… Le climat est malade (c’est le message de notre projet de livre d’enfant – lien) et ce climat malade nous rend malade. Il faut à la fois soulager la conséquence immédiate de la maladie (personne ne veut mourir guéri) et soigner sa cause profonde. C’est ce que les spécialistes appellent l’adaptation et l’atténuation.

S’adapter, c’est s’assurer que chacun et d’abord les plus faibles conserve un espace de vie et un espace de travail tempéré. Ce qui interdit par exemple le travail dehors par canicule et suggère de généraliser l’assurance intempérie-canicule des salariés du BTP : elle traduirait une solidarité entre entreprises et salariés des secteurs abrités et des secteurs exposés.

L’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique sera de plus en plus coûteuse en argent et en carbone, et l’air conditionné coûte particulièrement cher en carbone. Plus on conditionne et plus on envoie du carbone dans l’atmosphère, à travers la machine et à travers son énergie : l’énergie dite « décarbonée » n’est que « moins carbonée ». Et plus on envoie du carbone dans l’atmosphère et … plus il faut conditionner, bien sûr. C’est l’une des boucles perverses que les scientifiques appellent paradoxalement les boucles de rétroaction « positives », parce qu’elles accentuent le danger : le dérèglement climatique provoque l’air conditionné qui aggrave le dérèglement. Donc oui, l’air conditionné retarde la course au ZEN et la guérison. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut s’en passer mais qu’il faut compenser le conditionnement en accélérant la course au ZEN, c’est-à-dire atténuer en s’adaptant.

L’air conditionné et le pull-over

Les réponses existent pour apprendre à bien vivre avec moins de carbone chaque année : il faut des innovations carbone du côté de la production et il faut des changements d’habitude carbone équitables du côté de la consommation et de l’épargne. Prenons la garantie nécessaire d’espaces vivables pour chacun. Puisque nous sommes condamnés jusqu’au ZEN à fabriquer de plus en plus de froid en envoyant de plus en plus de carbone dans l’atmosphère, il faut continuer d’innover sur les dispositifs de fabrication de chaud et de froid ET revoir également nos habitudes de thermostat.

Constatons une évidence : notre espèce sait mieux gérer le froid que le chaud. En majorité, nous pouvons vivre confortablement à 10-15°C d’air ambiant avec des vêtements adaptés ; mais nous vivons et travaillons très mal au-delà de 28°C, même tout nus.

Côté réfrigération, il va falloir plus climatiser mais en évitant de prendre des habitudes dangereuses, comme de climatiser toutes les surfaces et de régler à 21°C. Et côté chauffage, il va falloir changer nos habitudes dangereuses de chauffer à 21°C, en acceptant de passer un second pull (et un troisième pour les frileux)…

Une dernière évidence : nous ne décarbonerons pas en nous enfermant dans des clivages artificiels comme le « pour ou contre la climatisation ». Nous proposerons à la rentrée une série de décisions transpartisanes des autorités publiques permettant de concilier ZEN et bien-être.