Lettre N°42 – 4 juin 2026
Mon livret A est-il rentable en carbone ?
Vivement la libre concurrence sur les rentabilités en carbone
Votre livret A ne rapporte plus que 1,5% par an. C’est peu. Est-ce qu’il contribue au moins au Zéro Emission Nette de carbone ? Mystère, parce que vous ne connaissez pas sa rentabilité en carbone.
Vous pourriez pourtant facilement la connaitre : il suffirait que les pouvoirs publics demandent aux banques qui distribuent le livret A d’afficher sa rentabilité carbone au client. Combien ce que finance l’argent du client ajoutera ou retirera en carbone de l’atmosphère. Il est bien plus efficace de vérifier AVANT d’investir, plutôt qu’après, quand les produits sont déjà fabriqués et le carbone déjà parti dans l’atmosphère.
Les banques, qui ne sont pas en concurrence sur le taux en argent du livret, le même pour toutes, deviendraient en concurrence sur le taux en carbone. Cette libre concurrence sur les rentabilités en carbone est un puissant moteur pour réduire le carbone, encore inutilisé ! Une banque hésiterait à annoncer un taux négatif, c’est à dire une perte en carbone, ou même à afficher une rentabilité positive très inférieure à celle des concurrentes. Elles demanderont de bonnes rentabilités en carbone aux organisations qu’elles financent avec l’argent du livret A.
La finance toujours sans boussole carbone
L’idée de la concurrence sur la rentabilité en carbone est révolutionnaire parce que, plus de 10 ans après l’accord de Paris, la finance mondiale n’a toujours pas de boussole vers le Zéro Emission Nette. Nous avons pu le vérifier en participant ce mercredi 20 mai à la commission du Conseil National de l’Information Statistique (CNIS) qui suit les besoins en statistique publique pour guider le financement de l’économie. La réunion était consacrée aux investissements verts et les communications présentées (par l’INSEE, la Banque de France, la Banque des Règlements internationaux, l’Observatoire de la finance durable et un enseignant de l’ENSAE) ont dressé un bilan des indicateurs guidant les financiers vers le « vert ». En synthèse :
– Il n’existe pas de consensus sur ce qu’est un investissement « vert » : de nombreuses méthodes complexes sont en concurrence, avec de nombreux indicateurs synthétisant le résultat de ces méthodes.
– Ces indicateurs ne concernent qu’une part mineure des financements : 16% des obligations, très peu pour les financements par crédit bancaire ou en actions.
– Ces indicateurs ne sont utilisés que marginalement comme critère de choix des investissements par les gestionnaires, et majoritairement comme des outils de conformité (respect de la réglementation).
– Ils ne se transmettent pas le long de la chaine de financement et ne permettent donc pas d’informer l’épargnant final, qui est pourtant un levier essentiel.
– La majorité de ces indicateurs émanent de sources privées, opaques et coûteuses (par exemple l’agence de notation Standard & Poor’s). La statistique publique ne sait pas estimer leur qualité (ni donc les utilisateurs privés).
Notre demande à la statistique publique
Nous avons présenté l’idée simple de ‘compter le carbone comme l’argent’ pour calculer une rentabilité en carbone. Nous avons montré, par notre étude des téléphones portables (voir nos deux précédents messages) que c’est facile dès lors que la statistique publique donne une référence pour les principaux investissements : le contenu moyen global d’un téléphone portable en carbone dans notre exemple ; ou, pour investir dans l’énergie, le contenu moyen global d’un kWh ; ou encore pour investir dans l’eau potable, le contenu moyen global d’un m3 d’eau potable, etc. Les comptes carbone nationaux du système onusien le permettraient. La statistique publique française produit ces comptes à travers l’INSEE et le Ministère de la Transition Ecologique. Il faut simplement améliorer leur finesse statistique (63 catégories sont suivies en carbone quand la nomenclature européenne la plus fine comprend 651 catégories).
Nous avons été écoutés : le système statistique français est ouvert et chacun peut exprimer un besoin. Il n’est pas sûr que nous soyons immédiatement entendus : une solution révolutionnaire et simple à un problème universel suscite souvent le doute !
Nous vous tiendrons au courant.
Les bénévoles de Carbones sur factures
