Lettre N°41 – 29 avril 2026

Notre précédent message a montré comment les contenus en Carbone des téléphones portables (ou gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère pour les produire) variaient de 10 à 110 kg et comment on pourra ‘consommer vert’ (à argent équivalent) et avancer vers une économie ZEN (Zéro Emission Nette) dès que les producteurs mentionneront le contenu en Carbone des appareils neufs. Une concurrence ZEN s’installera et (à argent équivalent) nos achats récompenseront les producteurs les plus compétitifs en Carbone.

Ce message montre qu’on redoublera d’efficacité avec la possibilité ‘d’épargner vert’ (à argent équivalent) dès que les banques nous donneront la rentabilité en Carbone attendue de notre épargne.

La rentabilité en Carbone des investissements

Nos achats de téléphone agissent, mais tardivement. Les décisions qui construisent l’économie ZEN ont été prises avant, quand chaque producteur a décidé et financé l’investissement de production de ses futurs portables, avec les innovations qu’ils embarquent.

Un producteur privé décide l’investissement sur sa rentabilité prévue en argent. Les financeurs du producteur aussi : actionnaires, banquiers ou simples épargnants. Pour tirer les investissements vers le ZEN, il faut et il suffit d’une information complémentaire : la rentabilité prévue de l’investissement en Carbone qui est sa rentabilité pour l’atmosphère terrestre. Avec la méthode présentée dans notre message précédent (qui calque le comptage et la transmission du Carbone sur l’argent) la rentabilité en Carbone est définie comme la rentabilité en argent.

– En argent, une rentabilité prévue de +2% signifie que l’investissement rapportera 2% de plus que le montant en argent investi au départ.

– En Carbone, une rentabilité prévue de +2% signifie que l’investissement évitera à l’atmosphère 2% de Carbone de plus que le contenu en Carbone de l’investissement de départ.

 

Un gain en Carbone (rentabilité positive) signale donc un investissement qui rapproche de l’économie ZEN. Une perte en Carbone (rentabilité négative) signale un investissement qui aggrave le risque climatique. Un producteur n’aura pas du tout envie d’annoncer une perte en Carbone à ses financeurs car elle expose le projet (et eux-mêmes) à un triple risque : une hausse du coût du financement et une perte de réputation, car personne n’aime le risque climatique ; et un risque de réglementation car, tôt ou tard, la collectivité encadrera les investissements toxiques en Carbone et leur financement.

 

Calculer et transmettre la rentabilité en Carbone créerait donc une concurrence vertueuse entre investissements et guiderait l’innovation vers le ZEN. La bonne nouvelle est que ce calcul est facile avec la méthode CCC[1] (compter et transmettre le Carbone juste comme l’argent).

La méthode CCC de comptage et de transmission des rentabilités en Carbone

La méthode CCC compte et transmet au financeur la rentabilité en Carbone prévue de l’investissement, en appliquant au Carbone les outils de calcul économique et financier pour compter et transmettre la rentabilité prévue en argent (brochure d’investissement et rapport financier aux actionnaires). Avec la collaboration des banques, l’information se transmet le long des chaînes de financement à tous les placements : concrètement, si une banque utilise l’argent qui lui est confié à financer Apple, ou à acheter des actions Apple, la rentabilité prévue en Carbone transmise à l’épargnant dépendra de la rentabilité prévue en Carbone par Apple (au prorata de la part que la banque consacre à Apple, bien sûr).

Vous trouverez en annexe le calcul de cette rentabilité pour deux scénarios d’investissement imaginaires mais vraisemblables d’Apple et de Google, à partir des contenus en Carbone de leurs téléphones portables présentés dans notre message précédent (et sans inclure la dernière innovation d’Apple : une série spéciale encapsulant un fragment d’un teeshirt de Steve Jobs, de rentabilité probablement neutre en Carbone mais élevée en argent 😉).

 

Epargner vert

 

Ces calculs nous disent deux choses :

– Compter et transmettre la rentabilité prévue en Carbone est intuitif et facile, dès que la statistique publique suit une référence d’intérêt universel : la moyenne mondiale du contenu en Carbone du produit (ici le téléphone portable) et sa trajectoire prévue.

– Transmettre la rentabilité prévue en Carbone déclenche une concurrence ZEN vertueuse entre investissements, qui récompense les innovations ZEN et tire vers le bas les contenus en Carbone (ici, ceux des téléphones portables). Elle permet aussi aux pouvoirs publics d’encadrer efficacement les investissements dont la rentabilité en Carbone est toxique.

Nous pourrons donc épargner vert (à rentabilité en argent équivalente) dès que les banques nous transmettront la rentabilité en Carbone prévue de leurs offres financières. C’est une priorité universelle. Si vous avez un lien avec la finance, contactez-nous, vous pouvez nous aider à transmettre le message ! Et pour en savoir plus sur la méthode CCC, inscrivez-vous à nos webinaires hebdomadaires gratuits.

Les bénévoles de Carbones sur factures

 

Annexe

Simulation de la rentabilité en Carbone des activités Téléphones portables d’Apple et de Google

Supposons deux scénarios inventés mais vraisemblables : un investissement de capacité attribué à Google, qui augmente sa capacité de production de 10% sans modifier son contenu en Carbone par appareil ; et un investissement de productivité attribué à Apple, qui réduit son contenu en Carbone par appareil de 1kg sans modifier sa capacité de production. On suppose les deux investissements équivalents en argent (200 M€) et en Carbone (50.000 tonnes d’équivalent CO2 ou éqCO2) ; le contenu moyen mondial par appareil est prévu stable à 47 kg éqCO2.

– L’investissement de Google augmenterait sa production d’1,6 million d’appareils à 74 kg éqCO2 Sur un marché stable, chaque achat d’un appareil supplémentaire Google se substituerait à l’achat d’un appareil neuf de contenu moyen de 47 kg éqCO2. L’investissement de Google alourdirait donc le contenu en Carbone de la production mondiale annuelle de téléphones portables : a) du contenu en Carbone de l’investissement (50.000 t) et b) du nombre d’appareils en plus (1,6 millions) multiplié par leur écart de poids au poids moyen (27 kg) soit 43.200 t éqCO2. Rapportée au contenu en Carbone de l’investissement, cette perte de 93.200 t éqCO2 ajoutées à l’atmosphère est de presque 2 fois la mise (-186%).

– L’investissement d’Apple réduirait le contenu en Carbone par appareil de 51 à 50 kg éqCO2. Il allègerait le contenu de la production mondiale annuelle de 320.000 tonnes éqCO2 (les 320 millions d’appareils vendus multipliés par le kg éqCO2 gagné sur chacun) diminué du contenu de l’investissement (50.000 t). Rapporté au contenu en Carbone de l’investissement, ce gain de 270.000 t éqCO2 retirées de l’atmosphère est de plus de 5 fois la mise (+540%).

L’indicateur est clair : gagner sur le contenu par appareil, même peu, est rentable en Carbone ; augmenter ses quantités avec un contenu en Carbone supérieur à la moyenne est toxique.

Les chiffres utilisés

Les parts de marché de Google et d’Apple pour les téléphones portables oscillent autour de respectivement 1% et 20% d’un marché stable de 1,6 milliard de portables par an. Les contenus en Carbone utilisés sont ceux des ventes principales des deux constructeurs (respectivement Pixel 10 et Iphone 17). L’estimation à 47 kg du contenu moyen d’un appareil neuf est la moyenne du contenu des modèles neufs les plus vendus des trois leaders Apple, Samsung et Xiaomi (voir les sources dans notre message précédent).

 

[1] Méthode CCC pour Carbone Cumulative Comptable (ou CCA pour Carbon Cumulative Accounting).