Lettre N°40 – 9 avril 2026
Notre lettre précédente décrivait comment on peut rééquilibrer le climat et la biodiversité avec la concurrence environnementale dite ZEN : Zéro Emission Nette. Cette concurrence donne l’impact ZEN de chaque offre : de combien l’offre rapproche ou éloigne du Zéro Emission Nette de gaz à effet de serre (GES). Nous expliquions aussi que la concurrence ZEN seule serait trop lente pour sortir à temps du risque des GES et qu’il faudra s’accorder (dans un pays et entre pays) pour éviter les offres commerciales toxiques en GES.
Voyons « comment ça marcherait » sur l’exemple des téléphones portables (y compris les smartphones, le nom commercial des téléphones portables à fonctions avancées).
Téléphones portables et risque GES
Le téléphone portable répond à un besoin universel : échanger de l’information depuis où on est. Ce besoin est satisfait avec 6,5 milliards d’appareils en service et 1,6 milliard vendus neufs chaque année (un nombre stable depuis plusieurs années).
La concurrence ZEN permet de classer les appareils à la fois selon leur prix et leur contenu en émission nette, c’est-à-dire leur toxicité en GES. La cible ZEN, pour ce besoin comme pour les autres, est de rendre négligeable la toxicité GES moyenne d’un téléphone neuf.
L’enjeu pour la collectivité : rééquilibrer l’innovation
Le secteur des téléphones portables bénéficie comme tout le numérique d’un fort potentiel d’innovation. L’intérêt collectif est que l’innovation réduise suffisamment vite la toxicité moyenne d’un appareil neuf. Ce n’est malheureusement pas la tendance actuelle : on le voit sur les performances des téléphones neufs, aujourd’hui (graphique 1) et sur 12 ans (graphique 2).
– Les modèles les plus puissants sont 13 fois plus toxiques que ceux d’entrée de gamme.
– Les performances des modèles de base des trois leaders (Apple, Samsung et Xiaomi) sont groupées, le plus cher (Apple) est le plus toxique et sa performance ZEN sur 12 ans est médiocre.
– Google (1% du marché mais en croissance) casse leurs prix tout en étant 60% plus toxique.
Plus un modèle est haut de gamme, plus il est toxique (taille de l’écran, de la mémoire, composants, nombre de capteurs…). Les grands producteurs d’appareils téléphoniques consacrent une part mineure d’un potentiel d’innovation énorme à la détoxication des appareils.
Inverser la tendance avec un plafond de toxicité GES
Le mécanisme est décrit sur les graphiques 3 à 5. Il suppose un plafond de toxicité par appareil qui n’est pas conçu pour être contraignant au départ (supérieur par exemple à la performance de 95% des appareils vendus). Ce plafond est annoncé en baisse régulière de façon à équilibrer les priorités d’innovation des leaders : moins sur les fonctionnalités supplémentaires toxiques, plus sur les innovations ZEN. La communication de la trajectoire du plafond enclenchera une dynamique de règles et de concurrence ZEN, utilisant la panoplie des moyens qu’un pays a de limiter la vente de produits dangereux pour la population.
Seul le haut de gamme bouge au départ, mais la pression ‘par le haut’ s’applique progressivement à tous les appareils. Les innovations ZEN des leaders sont copiées. Une dynamique ZEN s’enclenche qui baisse la moyenne de toxicité par appareil, l’objectif collectif.
La contribution des téléphones portables au dérèglement global est plus modeste que celle de besoins que nous examinerons ensuite (l’alimentation, les loisirs…). Mais tous les besoins doivent converger vers un impact ZEN négligeable. Les producteurs de téléphone leaders, parmi les entreprises mondiales les plus profitables et les plus innovantes, peuvent et doivent donner l’exemple.
Deux remarques importantes
On se concentre dans cette présentation sur l’impact de la fabrication, car c’est le plus lourd, il dépend peu d’hypothèses et l’utilisation ne change pas les conclusions : plus un appareil est ‘lourd’ en fonctionnalités donc en fabrication, plus il est lourd en utilisation.
On ne raisonne pas sur le nombre d’années pendant lesquelles l’acheteur d’un téléphone portable neuf garde son appareil, car il n’existe pas de données fiables (elles ne changeraient probablement pas les conclusions : les acheteurs des derniers modèles ont tendance à renouveler l’achat plus souvent).
Sources
Les données de prix des appareils ont été collectées sur internet.
Nous nous sommes appuyés sur les données de toxicité GES suivantes : pour Apple, les données constructeur reprises pour chaque type d’Iphone dans l’article correspondant de Wikipédia ; pour Samsung, Xiaomi et Google, une étude Greenly de mars 2026 ; pour un appareil d’entrée de gamme, une estimation Mistral. Le comptage des données de toxicité ZEN des produits est malheureusement encore mal encadré. N’hésitez pas à signaler des incohérences de comptages, à nous et aux producteurs de données, publics et privés. Et appuyez nos campagnes pour une méthode rigoureuse (dite CCC pour Carbone Cumulative Comptable) donnant des contenus carbone des produits comparables et vérifiables.
