Le dérèglement climatique

La lutte contre le dérèglement du climat a enregistré deux succès importants.

La concentration nocive dans l’atmosphère des Gaz à Effets de Serre (GES) émis par les humains s’est construite en 10 générations (250 ans). Les deux dernières générations ont obtenu deux succès.

  • Le danger est compris

En déréglant le climat, les GES dégradent l’écosystème Terre (réduction progressive de l’efficacité des puits de carbone naturels, aggravations brutales imprévisibles : fonte des pôles, acidification des océans…) et ils dégradent la vie des personnes (agriculture moins efficace, crises sanitaires, migrations brutales, digues, air conditionné…).

  • Les pays sont mobilisés

Chaque pays s’est engagé à arrêter la dégradation le plus vite possible en ramenant l’émission nette annuelle de GES au-dessous de ce que l’écosystème peut absorber. Les pays de l’Union européenne veulent réussir en une génération (2050) : chacun en tire sa Trajectoire 2050, c’est-à-dire les réductions annuelles indispensables de l’empreinte carbone de sa demande.

L’empreinte carbone mesure les GES ajoutés ou retirés à l’atmosphère par une activité humaine : on parle de l’empreinte de l’humanité, d’une offre (ce qu’il a fallu pour la produire), ou d’une personne, d’une entreprise, d’un pays (ce que ses actions ont ajouté ou retiré dans une certaine période). L’unité est le kilo d’équivalent CO2, qui prend en compte tous les gaz à effet de serre (ou le million de tonnes d’équivalent CO2 ou MtC).

La Trajectoire 2050 de la France impose une rupture complète dans l’évolution de son empreinte.

Entre 1995 et 2017 (dernière année estimée en détail) l’empreinte carbone de la demande française est restée à peu près stable : de 650 MtC à  633 MtC. La Trajectoire 2050 vise une empreinte ramenée à 80 MtC en 2050, un niveau qui serait absorbable par l’écosystème. C’est donc une rupture majeure.

La dernière estimation provisoire (2020) marque une nette baisse à 552 MtC : il reste à la confirmer post Covid 19 et à réussir chacune des 30 années qui restent une baisse supplémentaire de 16 MtC.

(sources Insee, Citepa, Eurostat, Douanes)

 

ATTENTION  Il existe une seconde façon de calculer l’empreinte carbone de la France, celle de l’Accord de Paris. Les GES sont mesurés pareil, mais on ne rattache pas  les mêmes à la France : non pas qui demande les carbones (les Français) mais où ils sont émis (en France). Pour passer de la trajectoire de la demande à celle du territoire, on ajoute donc l’empreinte des exportations françaises (ce qui est fabriqué en France à la demande d’autres pays) et on enlève l’empreinte des importations françaises (ce qui est fabriqué dans d’autres pays pour la demande française). Cette empreinte rend mal compte de la contribution d’un pays à l’empreinte carbone. Elle est beaucoup plus faible (425 MtC par an contre 749 MtC) et a baissé régulièrement parce que la France délocalise depuis 30 ans la production des produits les plus carbonés, principalement en Asie.

Mais le temps joue contre la qualité de vie des générations suivantes.

Les GES restent en moyenne des centaines d’années dans l’atmosphère. La qualité de vie des générations suivantes souffrira donc forcément de la dégradation que nous connaissons déjà, de la dégradation inéluctable que provoque la trajectoire 2050 et de tout retard pris sur cette trajectoire.  C’est chaque année qu’il faut coller à la Trajectoire 2050, d’autant que chaque retard charge les années suivantes.

Le premier défi est de déclencher rapidement une mobilisation générale autour de la Trajectoire 2050 française.

Comment déclencher rapidement une mobilisation générale autour la trajectoire 2050 française ?

Une mobilisation rapide de toute la collectivité nationale française contre les GES n’est possible que si chaque acteur dispose rapidement d’une mesure précise et sincère des GES qu’il utilise. Une condition pour cela est que chaque offre ait son empreinte carbone, donc que son producteur puisse calculer son empreinte et la faire connaître facilement (en entendant « producteur » au sens le plus large : entreprise, agriculteur, banque, administration produisant un service public…)

C’est impossible aujourd’hui : chaque producteur ne peut pas calculer l’empreinte carbone précise et sincère de son offre, ni la communiquer facilement. Il aurait besoin de l’empreinte de ses fournisseurs pour calculer son empreinte, et eux-mêmes auraient aussi besoin de l’empreinte de leurs propres fournisseurs… C’est un cercle vicieux sans réponse satisfaisante à ce jour :

  • Dispenser les petits producteurs de tenir compte de leurs fournisseurs enlève toute précision à leur empreinte car l’empreinte des fournisseurs en représente souvent l’essentiel.
  • Laisser les grands producteurs faire leurs hypothèses internes enlève précision et sincérité à leur empreinte, en multipliant les méthodes sans contrôle.

Une réponse est Carbones sur facture qui aide chaque producteur à calculer et indiquer l’empreinte carbone de ses offres.

 

Un autre défi est de donner une voix aux générations suivantes dans nos décisions politiques.