La rentabilité en émission de GES (ou « carbone ») d’un produit financier
Pourquoi la concurrence environnementale financière
L’humanité doit arriver rapidement au ‘Zéro Emission Nette’ (ZEN) dans l’atmosphère, donc à des productions dont l’émission en gaz à effet de serre (GES) et l’impact sur la capture naturelle de ces gaz sont négligeables. La concurrence environnementale tire les décisions économiques, donc l’économie, vers le ZEN : sans contrainte, en informant le client de l’impact ZEN de sa décision.
– Son volet commercial se déclenche dès que les entreprises transmettent au client l’impact ZEN commercial du bien ou service proposé : on peut l’appeler son contenu en émission et on sait désormais le compter de façon simple et fiable (méthode cumulative comptable).
– Son volet financier (l’objet de cette présentation) se déclenche dès que les entreprises et établissements financiers transmettent au financeur l’impact ZEN financier du produit financier proposé sur les biens et services futurs : on peut l’appeler sa rentabilité en émission et on peut le compter (également avec une méthode cumulative comptable).
– Le troisième comptage à déployer, l’impact ZEN naturel, ajoute aux deux précédents l’impact sur la capture naturelle.
L’enjeu de la concurrence environnementale financière est considérable. L’arbitrage entre financements se fait encore sur des indicateurs qualitatifs (du type vert/marron pour la taxonomie européenne) quand un impact quantitatif permettra à chaque financeur le long des chaines de financement (jusqu’au financeur final, épargnant particulier ou puissance publique) d’arbitrer, permettant de tirer ainsi parti librement de la concurrence financière (et, pour les autorités publiques, d’autres leviers plus incitatifs).
Comment transmettre l’impact ZEN financier
L’approche est la même que pour la transmission de l’impact ZEN des biens et services le long des chaines de production : transmettre l’impact ZEN financier le long des chaines financières en ajoutant à chaque étape l’impact financier ajouté. A l’impact ZEN financier transmis par les acteurs qu’il finance (par ses prêts, ses participations en capital…), l’établissement financier ou l’entreprise ajoute son propre impact ZEN financier ajouté dans l’année et transmet le cumul à ses propres financiers : banquiers, actionnaires, déposants, apporteurs de subvention…[*]
La transmission s’appuie sur un principe dérivé de la consolidation financière des résultats en argent : le financeur reprend l’impact ZEN financier transmis par le financé, au prorata (en argent) de son financement. Ce prorata est une différence avec la transmission des résultats en argent, liée au statut de bien collectif de l’impact ZEN : il rend inutile de distinguer entre crédit, dépôt, capital ou don (qui ont des droits très différents sur les résultats en argent).
Chaque produit financier a ainsi son impact ZEN dès qu’on sait compter l’impact ZEN financier ajouté à chaque étape de sa chaine financière.
[*] Cette transmission est absente en bout de chaine : établissement public ou particulier
Compter l’impact ZEN financier ajouté par une entreprise
Il est apporté par l’investissement de l’année dans sa production. Il compte l’écart entre le contenu en émission de l’investissement (connu) et l’anticipation de ce dont l’investissement fera bouger l’émission mondiale du bien ou du service qu’il produit. Il a deux composantes :
a) L’impact anticipé dit de productivité
Il est dû à la variation du contenu unitaire en émission du produit, à volume vendu constant.
Son comptage transpose en émission le calcul économique en argent de la valeur actuelle de l’investissement : le contenu en émission de la machine remplace son coût, le gain sur l’émission de la production future remplace le gain en prix de revient ; le contenu unitaire en émission des intrants est pris comme constant pour ne pas double-compter l’impact amont.
b) L’impact anticipé dit de capacité
Il est dû à la variation de la quantité produite. C’est un bénéfice si l’investissement ajoutera une capacité de production plus efficace en contenu unitaire en émission que la moyenne, ou retirera une capacité moins efficace ; c’est une perte sinon. Son comptage est le produit de la variation de capacité par l’écart entre le contenu unitaire en émission anticipé mondial et celui de l’entreprise.[*]
Pour être comparable, l’impact ZEN anticipé est ramené à aujourd’hui, « actualisé » au sens financier avec un taux d’actualisation corrigeant du gain en émission qu’apporte à la collectivité le report d’un an d’une émission. Le principe suggéré est un taux universel (il n’y a qu’une atmosphère et le risque est planétaire) estimé à 1% (les travaux économiques plaident pour un taux faible et positif).
L’impact ZEN financier ajouté peut être présenté comme une rentabilité ZEN en niveau (en tonne d’éqCO2) : la différence entre l’impact ZEN anticipé sur les produits futurs et le contenu en émission de l’investissement. Il peut aussi être présenté comme un taux de rentabilité ZEN, le rapport entre la rentabilité en niveau et le contenu de l’investissement.
Il faut donc transmettre le long de la chaine à la fois le cumul des impacts et le cumul des contenus d’investissement qui l’a permis pour qu’à chaque étape un financeur puisse arbitrer entre produits financiers sur cette double performance, à service et rentabilité argent équivalents.
[*] Un principe utilisé dans ces comptages est qu’un producteur maitrise son processus de production et donc le contenu unitaire en émission de son offre, mais pas la quantité dont évolue la demande de son marché : c’est une hypothèse économique classique sur les équilibres prix-quantité.
Quels impacts ZEN financiers compter
Pour tester le système il faut assurer que les comptages en bout de chaine sont comparables, embarquent une part significative de l’enjeu et soient les plus simples possibles.
C’est possible en limitant la transmission aux établissements financiers, entreprises et établissements publics importants et à une liste de types d’investissement à prendre en compte : les plus importants pour le ZEN, les plus faciles à compter et posant le moins de problème de vérification (on ne compte que des anticipations).
Une suggestion est de se concentrer sur l’énergie et la substitution des hydrocarbures par l’électricité (les combustions d’hydrocarbures représentent 80% des émissions humaines de GES) et de préciser les types visés : croissance des capacités de production d’énergie ; substitutions hydrocarbures-électricité pour le chauffage, pour le transport par mode (entre train, avion, route et entre véhicules thermiques ou électriques) ; d’autres ?
